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William Shakespeare - Qui Était Il ?

William Shakespeare

Dans les années 1770, un écclésiatique anglais du nom de James Wilmot se retira dans son Warwickshire natal pour consacrer le reste de son existence à l’étude de ses deux auteurs favoris, Francis Bacon et William Shakespeare. Le village dont il était devenu le pasteur, Barton-on-the-Heath, ne se trouvant qu’à une dizaine de kilomètres de Stratford, la ville natale de Shakespeare, il commença par s’enquérir des traces – récits ou anecdotes – que l’illustre dramaturge ne pouvait manquer d’avoir laissées dans la mémoire locale. Il n’en trouva aucune. Après avoir étudié l’oeuvre de Shakespeare, Wilmot en avait conclu que celui-ci était un homme très cultivé, qui devait donc posséder une vaste bibliothèque. Des années durant, il fouilla toutes les petites bibliothèques privées dans un rayon de 80 kilomètres autour de Stratford. En vain – pas le moindre volume ayant pu appartenir au poète dramatique. Il en déduisit que l’homme appelé Shakespeare ne pouvait être l’auteur des pièces qu’on lui attribuait. Un seul homme réunissait les qualités requises pour écrire ces chefs-d’oeuvre, et cet homme, c’était l’autre auteur favori de Wilmot, c’était Francis Bacon!

William Shakespeare

Qui était cet acteur à qui l’on attribuait près d’une quarantaine de pièces? Ce que l’on sait, c’est qu’un garçon prénommé William, fils de Mary et de John Shakespeare, a vu le jour à Stratford-upon-Avon en 1564 ; que la faillite de son père, qui était banquier, l’a contraint à quitter l’école à l’âge de douze ans. Le jeune William a alors travaillé comme boucher ou comme maître d’école. À l’âge de dix-huit ans, il a séduit une femme de neuf ans son aînée, Anne Hathaway. Celle-ci étant tombée enceinte, les deux jeunes gens ont dû se marier et William s’est retrouvé père de trois enfants (dont des jumeaux). C’est alors qu’il partit pour Londres, où il réussit à trouver du travail comme acteur. Il écrivit ensuite une pièce intitulée Titus Andronicus ; sanglante et horrible à souhait, elle rencontra un succès immédiat.

Après la défaite de l’Invincible Armada en 1588, Shakespeare produisit toute une série de drames historiques (et d’inspiration patriotique) qui connurent un grand succès. À la quarantaine passée, il se retira dans la maison qu’il avait acquise à Stratford. Il y mourut à l’âge de cinquante-deux ans. Durant toute sa carrière, nul n’a jamais exprimé le moindre doute sur la paternité des oeuvres qu’il signait.

L’hypothèse Marlowe

Ami et rival de Shakespeare, Christopher Marlowe est mort poignardé dans une taverne en 1593, à l’âge de vingt-neuf ans. Marlowe n’était pas seulement un écrivain ; il était aussi un espion à la solde de la Couronne, et avait des frequentations peu recommandables. Deux semaines avant sa mort, des officiers avaient arrêté son ami Thomas Kyd, l’auteur de la pièce La Tragédie espagnole, et trouvé chez lui des “écrits athéistes” niant la divinité du Christ. Sous la torture, Kyd avoua que ces documents appartenaient à Marlowe. Au moment de sa mort, ce dernier rencontrait des problèmes avec les autorités – d’autant qu’il ne faisait pas mystère de son homosexualité, passible à l’époque de la potence. Certains en conclu que Marlowe avait peut-être de bonnes raisons de vouloir disparaître…

C’est la thèse que soutient l’Américain Calvin Hoffman dans son livre The Murder of The Man Who Was Shakespeare : avec la complicité de ses amis aristocrates, Marlowe a fui à l’étranger, et les pièces qu’il a continué d’écrire ont été attribuées à l’acteur William Shakespeare. Quant au cadavre examiné par les enquêteurs, cela pourrait être la victime anonyme d’une rixe quelconque.

Spécialiste du théâtre élisabéthain, A. L. Rowse objecte que les pièces de Shakespeare sont truffées de plaisanteries grivoises, alors qu’on n’en trouve aucune dans celles de Marlowe, qui se montre peu porté sur la paillardise. Il est donc peu probable que Marlowe et Shakespeare n’aient été qu’un seul et même homme.

Quid de Francis Bacon ?

En 1888, un parlementaire américain, Ignatius Donnelly, publia un gros ouvrage intitulé Le Grand Cryptogramme : le code de Francis Bacon dans les pièces du soi-disant Shakespeare, qui devait avoir une forte influence sur tous les “antistratfordiens” (ceux qui dénient à Shakespeare la paternité de son oeuvre). Il prétendait démontrer que Francis Bacon (qui était un passionné de cryptographie) a dissimulé dans les pièces de Shakespeare des messages codés prouvant qu’il en était le véritable auteur. Après avoir étudié les textes pendant des années et essayé toutes sortes de clés de déchiffrage, Donnelly était parvenu à en extraire le message suivant: Seas/ill/said/that/More/low/or/Shak’st/spur/never/writ/a/word/of/them ; soit Cecil said that Marlowe or Shakespeare never writ a word of them (“Cecil dit que ni Marlowe ni Shakespeare n’en ont écrit un mot” – Robert Cecil était le principal ministre de la reine Élisabeth). À la suite de Donnelly, des centaines de maniaques se sont échinés à rechercher des cryptogrammes dans Shakespeare et dans l’oeuvre d’autres grands auteurs.

En fait, il suffit de lire une biographie de Bacon pour mesurer l’absurdité de cette thèse. Bacon et Shakespeare sont à l’opposé l’un de l’autre. L’auteur du Songe d’une nuit d’été et de Comme il vous plaira était à l’évidence un être chaleureux et bienveillant ; Ben Johnson l’appelait l’”aimable Shakespeare”. Nul ne songerait à qualifier Bacon d’”aimable” : c’était un homme d’une prodigieuse intelligence, mais c’était un éternel insatisfait, un calculateur froid animé par la moins noble des ambitions : “Le pouvoir politique, voilà ce que je désire : le pouvoir sur les hommes et les affaires du monde.”

Le peu aimable Bacon

À la mort de son père, le jeune Francis Bacon se retrouva pratiquement sans le sou, à l’âge de dix-neuf ans. Son oncle lord Burghley, qui était lord trésorier, aurait pu aisément l’aider, mais il préféra favoriser son propre fils, Robert Cecil. Devenu avocat, Bacon sut se gagner, par ses flatteries, l’amitié du favori de la reine Élisabeth Ire, le fringant et talentueux comte d’Essex. Ce dernier lui donnait régulièrement de l’argent – Bacon était un panier percé – et il usa de son influence auprès de la reine pour favoriser la carrière de son protégé. Lorsque Élisabeth lui préféra un autre candidat pour le poste de Master of the Rolls (une haute magistrature), le comte offrit à Bacon, en consolation, une belle propriété. En 1596, Essex s’empara de Cadix, en Espagne ; sa popularité était à son comble, mais elle le grisa. Après son fiasco militaire en Irlande, il tomba en disgrâce. Alors il tenta de fomenter une rébellion, fut arrêté et mis en jugement. Beaucoup estimaient qu’il s’était laissé emporter par son caractère impétueux et qu’il n’avait pas réellement l’intention de renverser la reine ; aussi s’attendait-on à une peine relativement légère.

Contre toute attente, Bacon trahit son ami : il prononça un discours brillant dans lequel il accusa Essex de trahison, affirmant qu’”en tant qu’ami”, il savait que le comte projetait bel et bien de s’emparer du trône. À la suite de quoi Essex fut condamné à mort et exécuté.

Il est impossible de trouver une excuse à Bacon. Il agit comme il le fit dans le seul but de s’attirer les bonnes grâces de la reine et favoriser sa carrière. Pour avoir envoyé Essex à la mort, Élisabeth le gratifia d’une somme de 1 200 livres – mais ne lui octroya pas le poste qu’il convoitait. Elle se défiait de lui.

Après la mort de la reine, Bacon s’employa à séduire Jacques Ier, cette fois avec succès. Le roi l’anoblit et le nomma attorney general en 1613. En 1618, il parvint enfin au faîte de ses ambitions, en devenant lord Chancelier. Mais trois ans plus tard, il fut démis de ses fonctions pour corruption. Ayant reconnu ses fautes, il se retira et mourut en 1626, amer et déçu.

Le comte d’Oxford

Vers 1914, un instituteur du nom de John Thomas Looney se persuada à son tour que l’acteur de Stratford n’avait pu écrire les pièces qu’on lui attribuait. Travaillant comme un profileur modernes, il établit le profil psychologique de l’auteur. Par élimination, il aboutit à la conclusion qu’un seul élisabéthain pouvait correspondre à son portrait-robot : Édouard de Vere, 17e comte d’Oxford. Son livre, Shakespeare Identified, était aussi captivant qu’un roman policier ; malheureusement il le publia sous son nom. Or “looney” est à peu près l’équivalent en anglais de “zinzin” en français, si bien que tout le monde crut à une plaisanterie – d’autant plus drôle que les malheureux “antistratfordiens” comptaient déjà dans leurs rangs un certain S. E. Silliman (“idiot”), qui en tenait pour Marlowe, et un George Battey (“loufoque”), pour qui Shakespeare était Daniel Defoe!

Le livre du pauvre Looney fut vite oublié, mais sa théorie a été reprise depuis par un universitaire américain, Charlton Obgurn. Son gros ouvrage, The Mysterious William Shakespeare, est lui aussi passionnant. Mais si Ogburn est convaincant lorsqu’il explique qu’Oxford était un merveilleux poète, et qu’il aurait fort bien pu écrire Hark, hark the lark ou Full fathom five, il ne parvient guère à persuader le lecteur que les pièces tardives, comme Le Roi Lear, Le Conte d’hiver ou La Tempête, ont été écrites avant 1604, année de la mort d’Oxford. Looney contournait quant à lui la difficulté en les attribuant à d’autres auteurs : La Tempête à Raleigh Walter, et Henry VIII à John Fletcher. Ogburn défend l’idée que ces pièces auraient vu le jour bien plus tôt qu’on ne croit, mais ses arguments n’ont guère convaincu, pas plus que ceux de Looney.

La “bardolâtrie”

Il faut relever que ce n’est qu’à partir du moment où Shakespeare est devenu l’objet d’un véritable culte que sont apparues ces étranges spéculations. Auparavant, les appréciations portées sur son oeuvre étaient nettement plus nuancées : Samuel Pepys qualifiait Le Songe d’une nuit d’été de “pièce la plus insipide et la plus ridicule que j’aie vue de ma vie”. Mais au milieu du XIXe siècle, Shakespeare est considéré comme un génie absolu, dont la moindre ligne échappa à toute critique. Emerson le compara à une montagne. Un sonnet fameux de Matthew Arnold illustre la vénération dont faisait l’objet le “barde de Stratford” (vénération que George Bernard Shaw qualifiait de “bardolâtrie”). Il commence ainsi :

Les autres sont soumis à notre questionnement.
Toi tu es libre.
Nous interrogeons encore et toujours.
Tu restes là, souriant, inatteignable,
T’élevant au-dessus de l’entendement…

Une illusion comique

C’est sans doute cette admiration éperdue vouée à Shakespeare qui est à l’origine de toutes ces spéculations. S’il était réellement ce génie surhumain, comment expliquer que ses amis et ses proches ne s’en soient jamais aperçus ? La bardolâtrie conduit inévitablement à prêter à Shakespeare une double personnalité – et dès lors qu’un Shakespeare en cache un autre, cet “autre” pourrait tout aussi bien être Francis Bacon ou le comte d’Oxford – et pourquoi pas la reine Élisabeth elle-même. Si l’on admet le fait que Shakespeare était l’homme parfaitement normal qu’ont connu et aimé ses contemporains, qu’il ne se distinguait que par l’extraordinaire talent avec lequel il maniait la langue, alors la controverse sur sa “véritable identité” apparaît comme une fantasmatisation somme toute fort amusante – une illusion comique.