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La disparition de la civilisation Maya

La civilisation Maya

Civilisation brillante d’Amérique centrale, la culture maya a dominé les actuels territoires mexicains du Yucatan et du Chiapas, ainsi que le Honduras et le Guatemala. À partir de 800, ses cités connaissent un déclin brutal. La chute des Mayas est l’une des plus grandes énigmes de l’archéologie.

On sait peu de choses des Mayas : la sanglante conquête espagnole a consumé une grande partie des traces écrites et détruit les sociétés précoloniales. L’archéologie demeure l’unique moyen pour les historiens d’espérer percer un jour le mystère de leur disparition. Peuple d’agriculteurs, d’artisans et d’intellectuels remarquables, les Mayas ont inventé la première écriture connue d’Amérique préhispanique. Leurs connaissances avancées en astronomie et leur pouvoir théocratique fort recourant à des sacrifices humains ont durant des siècles inspiré l’imaginaire collectif au détriment de la vérité historique. La civilisation maya connaît son apogée entre 625 et 800, période pendant laquelle sont construites des cités administratives monumentales, poumons économiques et politiques régissant les campagnes alentour ; les principales sont Tikal (Guatemala), Copan (Honduras), Palenque et Uxmal (Mexique). La richesse de la civilisation maya transparaît dans la splendeur de ses cités. Tikal, plus imposant centre urbain connu, s’étend sur 10 km et compte pas moins de 3 000 constructions diverses : temples, palais, cours de jeu… Pourtant, au début du IXe siècle de notre ère, on constate l’arrêt brutal des constructions d’édifices politiques et religieux. La décadence de la civilisation maya semble être amplifiée par une rapide et forte décroissance de la population. À partir de 950, l’Empire maya est complètement nécrosé. En 1000, les agglomérations jadis florissantes ne sont plus que des champs de ruines inhabités. Les quelques cités encore actives du Yucatan, Chichén Itzá puis Mayapan, connaissent des épisodes d’hégémonie locale sans lendemain. Au début du XVIe siècle, les conquistadors ne trouvent en face d’eux qu’une multitude de petits États indépendants et désunis incapables de leur opposer la moindre résistance.

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Un peuple exterminé ?

Des générations de chercheurs ont tenté d’apporter une explication à la disparition des Mayas. Les premières études ont interprété la dépopulation par une surmortalité. L’éventualité d’une guerre d’extermination s’est alors naturellement imposée. À partir de 800, les Mayas semblent avoir subi des influences extérieures, notamment celle des Mayas Putún, originaires de l’actuel État du Tabasco, sur le rivage du golfe du Mexique, et des Toltèques venus du Nord. Aucune trace n’indique cependant une intervention armée. Les interactions culturelles et commerciales entre Teotihuacan (« capitale » toltèque) et les cités mayas sont attestées dès le début de la période classique (250 à 900), soit bien avant la disparition des Mayas. Le lien de cause à effet est donc périlleux à établir, d’autant plus que Teotihuacan a connu le même destin que les cités mayas : la cité semble avoir commencé à perdre de sa superbe entre 700 et 750 – elle pourrait même avoir été abandonnée à cette époque -, ce qui contredit la thèse d’un conflit armé. Le déclin prématuré de Teotihuacan, partenaire économique privilégié des cités mayas, aurait à l’inverse pu contribuer au déclin de la région tout entière. Autre suspect sur la liste : la cité de Chichén Itzá. En imposant sa domination sur le Yucatan au IXe siècle, elle aurait modifié la configuration du commerce maya. Les routes acheminant les matières premières essentielles auraient été détournées vers des itinéraires côtiers et auraient condamné au déclin les cités situées à l’intérieur des terres. De plus, au moment du déclin maya, les cités du Yucatan, dont la plupart longent les nouvelles voies commerciales, semblent avoir connu une certaine embellie : Chichén Itzá et Mayapan sont après 900 les plus grandes villes d’Amérique centrale grâce à un meilleur accès aux produits de la pêche.

La déliquescence des structures sociales

Si l’ennemi n’est pas venu de l’extérieur, il aurait pu venir de l’intérieur. C’est la déduction faite par Eric Thompson, archéologue et mésoaméricaniste de renom. À l’origine de sa réflexion se trouve la découverte de figurines volontairement mutilées de personnages parés d’attributs de richesse – probablement des notables, souverains ou prêtres. À partir de là s’est dessinée une hypothèse intéressante : les paysans, accablés par les taxes et contributions nécessaires à des constructions toujours plus gourmandes en ressources, se seraient révoltés contre les autorités. La révolte, mettant à terre le pouvoir politique et religieux, aurait provoqué la déliquescence des structures sociales urbaines. Par la suite, les paysans auraient continué à vivre autour des cités, mais la plupart des bâtiments, symboles d’un temps révolu, seraient progressivement tombés en ruine. Une fois de plus, les preuves archéologiques manquent pour valider cette thèse : aucune trace de désordres urbains – charniers, bûchers, destructions, incendies – et a fortiori de combats n’a été retrouvé. Ce n’est qu’à Piedras Negras, dans l’actuel État mexicain de Coahuila, que de tels stigmates ont été décelés : des bâtiments et attributs du pouvoir – notamment ce qui ressemble à un trône – ont été détruits par le feu. Mais ce genre d’événement, même avéré sur l’ensemble du territoire maya, ne saurait expliquer à lui seul un dépeuplement d’une telle ampleur. Comme l’a fait remarquer l’historien David Webster, « une population libérée du pouvoir d’une élite n’a aucune raison de décroître aussi rapidement ni même de ne pas reformer ses réalité incontestable : dans l’histoire de l’humanité, aucune révolution populaire, si violente soit-elle, n’a entraîné l’abandon de régions entières.

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L'agriculture rendue à son point de rupture

Les progrès de la science ont récemment permis d’explorer de nouvelles pistes. Face à l’insuffisance des données archéologiques, l’impact du facteur environnemental a bénéficié d’investigations plus poussées. Le modèle de production agricole des Mayas pourrait être la cause de tous leurs maux. Leurs méthodes de culture sont nombreuses, et pour la plupart d’entre elles encore mal comprises : canaux, terrassements, élévations, assèchement ou utilisation saisonnière de marais, recours à des fertilisants à base d’excréments… Un épuisement des sols dû à la culture intensive du maïs aurait fragilisé l’économie nourricière des Mayas et entraîné leur appauvrissement progressif. L’érosion et la sédimentation des cours d’eau résultant de cette agriculture intensive auraient participé au déclin de la biodiversité. Ce phénomène constitue un terrain propice aux épidémies : dans les régions tropicales, tel le sud du territoire maya, l’humidité et la prolifération des parasites favorisent la propagation des maladies. Les défrichages massifs engendrés par l’urbanisation et l’agriculture ont pu perturber l’écosystème tout en accroissant le risque infectieux. En outre, les habitants d’Amérique ont de tout temps été épargnés par les pandémies de type peste bubonique. Ils auraient donc été plus sensibles aux virus importés. Pour preuve, lors de l’arrivée des colons européens sur le continent, la population sera décimée par la coqueluche, la rougeole ou encore la variole, des maladies courantes en Europe. Selon l’anthropologue Demitri B. Shimkin, une maladie parasitaire de type trypanosomiase endémique ou un virus intestinal est plausible dans le contexte environnemental de l’époque. Provoquant d’importantes diarrhées, le virus touche en premier lieu les enfants en bas âge, ce qui permettrait d’expliquer la baisse brutale de population.

Un cataclysme environnemental

Un phénomène naturel soudain, comme une série de séismes ou un changement brusque de climat, pourrait être à l’origine du déclin maya. Tous les examens géologiques qui ont été menés localement n’ont constaté aucune fracture climatique majeure. L’influence néfaste d’un réchauffement étalé sur une plus longue période n’est pas pour autant à exclure. Les Mayas sont parvenus pendant des siècles à faire prospérer leur civilisation sur un désert saisonnier : les sols naturellement peu fertiles rendaient les cultures particulièrement vulnérables en été. En dépit du recours à un système intelligent de stockage et de rationnement de l’eau, le rendement des récoltes était totalement dépendant des précipitations. Dans cet équilibre précaire, un écart même mineur dans les quantités d’eau recueillies pouvait avoir des conséquences fâcheuses. La comparaison à l’échelle mondiale des modèles climatiques et des prélèvements géologiques a accouché d’un théorème intéressant : historiquement, les climatologues ont constaté qu’une vague de froid dans l’hémisphère nord s’accompagne généralement d’une période de sécheresse en Amérique centrale. Or, au XIe siècle, les relevés indiquent que l’Europe du Nord a souffert de températures extrêmement basses. Dès lors, la civilisation maya, victime d’une vague de sécheresse prolongée, aurait rapidement consumé ses ressources, subi par conséquent l’appauvrissement de son commerce et vu son pouvoir central fragilisé. Des révoltes frumentaires importantes se seraient déclarées, et les villes auraient été progressivement abandonnées. La disparition de la civilisation maya serait ainsi le résultat d’un enchaînement logique d’événements. Il est impossible en l’état actuel des connaissances de déterminer si l’un de ces événements a prévalu sur les autres. Le mystère de la chute des Mayas reste entier.

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