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Marie Madeleine

Marie Madeleine

D’après l’évangile de Pierre, trois jours après la crucifixion de Jésus, des anges seraient venus annoncer la résurrection à ses disciples. Mais c’est à Marie la Magdaléenne qu’ils seraient apparus en premier. Qui est réellement cette Marie, pécheresse dénigrée par l’Église pendant des siècles ?

Marie de Magdala, communément appelée « Marie-Madeleine », fait partie des femmes qui gravitent dans l’entourage de Jésus. Celui-ci semble la considérer comme une de ses disciples, peut-être la disciple féminine avec laquelle le Christ entretient la plus grande connivence. Elle serait originaire de la ville de Magdala, sur la rive occidentale du lac de Tibériade (aujourd’hui en Israël). Un texte du Codex de Berlin, écrit en copte à la fin du IIe siècle, porte son nom : L’Évangile de Marie. Il serait la restitution de dialogues entre le Christ et Marie de Magdala. Le moine et historien Domenico Cavalca, au XIVe siècle, suggère que Marie de Magdala était fiancée à Jean l’évangéliste. Marie aurait été délaissée par Jean, parti suivre l’enseignement de Jésus. C’est un personnage omniprésent dans les évangiles. Elle y est mentionnée 19 fois, soit davantage que la Vierge Marie. Elle est de toutes les scènes jusqu’à la résurrection. Elle assiste à la mise en croix avec les autres femmes. Dans les trois évangiles synoptiques, elle assiste également à la mise au tombeau. Selon les quatre évangiles, elle est le premier témoin de la résurrection de Jésus. Entrée dans le tombeau, elle ne le reconnaît pas tout de suite et essaie de le toucher, ce qui lui vaut la réponse « Noli me tangere » (« Ne me touche pas »). L’Épître des apôtres, les évangiles apocryphes de Pierre, Thomas et Philippe évoquent également Marie-Madeleine. Le professeur Elaine Pagels a suggéré que Marie de Magdala était l’autorité chrétienne qui aurait succédé à Jésus après sa mort, devenant la première guide de la religion chrétienne. On a également tenté de l’identifier au « disciple bien aimé » décrit dans l’évangile de Jean. L’étude de l’évangéliste Anne Graham Lotz en 2003 aboutit aux mêmes conclusions : Marie de Magdala occuperait la tête de la communauté chrétienne primitive.

Les sept "mauvais esprits" de Marie

L’identité de Marie de Magdala, telle qu’elle est fixée par l’Église, provient d’un amalgame entre trois personnages : Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare, Marie de Magdala, et une pécheresse (dont le nom n’est jamais cité) venue répandre du parfum sur les pieds du Christ lors d’une prédication. L’évangile de Luc la présente comme la femme que Jésus a délivrée de sept démons. Dans l’évangile de Jean, Marie de Béthanie disparaît inexplicablement de la narration après l’épisode de l’onction. À partir de la crucifixion apparaît de manière impromptue une autre femme, Marie de Magdala. Les quatre évangélistes ne s’accordent pas sur certains détails, tout en donnant à ces trois femmes de nombreux points communs. L’Église les a amalgamées – tardivement – en une seule et unique personne. C’est au VIe siècle que le pape Grégoire le Grand décide de clarifier la position de l’Église. Le culte de la Vierge Marie grandissant, l’Église a besoin d’une figure impure. Marie de Magdala incarnera à la fois une pécheresse et une repentie dans la tradition chrétienne. Cette vision est un point de discorde au moment du grand schisme de 1054. Pour les orthodoxes, Marie de Magdala est l’égale des apôtres. Dans l’ouvrage Trois amies de Jésus, l’exégète Jean Pirot contredit l’identification opérée par l’Église catholique. Il déplore une erreur d’interprétation du passage de Luc qui précise que Marie était possédée par sept démons. Selon lui, le terme de « possession » ne se réfère pas à un péché mais à une névrose ; et dans les évangiles, les possessions par les mauvais esprits ne seraient que des métaphores désignant des maladies. En 1969, toutefois, le pape Paul VI décrète que Marie-Madeleine ne doit plus être fêtée comme « disciple ». Considérée comme une sainte, elle est célébrée le 22 juillet.

Les pérégrinations d'une sainte

Après la mort de Jésus, Marie serait partie de Palestine, selon diverses légendes. La plus connue lui fait traverser la mer sur une barque sans voile ni rame en compagnie de Lazare, son frère, de Marthe, sa sœur, de Maximin, de Marie-Jacobé, sœur de la Vierge, de Marie-Salomé, mère des apôtres Jacques et Jean, et de leur servante Sara. L’embarcation aborde la côte de Camargue. Marie-Salomé, Marie-Jacobé, avec Sara, restent sur place et vont devenir les « Saintes Maries de la mer ». Marie-Madeleine longe seule la côte vers l’est puis arrive au pied d’une vaste montagne, nommée plus tard la « Sainte-Baume », espérant y trouver un refuge pour continuer à expier ses péchés. Une étoile la guide jusqu’à une grotte ; l’archange saint Michel vient tuer le dragon qui l’habite. Elle va vivre pendant 33 ans dans cette cavité humide et sombre. Entièrement dévêtue, elle ne se nourrit que de racines et se désaltère de l’eau du ciel. Sentant sa mort prochaine, elle fait avertir saint Maximin, qui lui donne la communion et place son corps dans un mausolée. Le tombeau de Saint-Maximin-la-Saint-Baume est depuis précieusement gardé par les Dominicains. La tradition provençale transmettra la légende à travers les siècles, faisant de ce lieu le troisième tombeau le plus fréquenté de la chrétienté. Mais le point de vue des historiens nuance ces croyances : les écrits et traditions qui mentionnent ce voyage datent du Xe siècle et reprennent l’amalgame entre Marie de Magdala, la pécheresse de Luc et Marie de Béthanie. Certains exégètes en concluent que cette légende est fausse et que Marie de Magdala n’a pas voyagé hors de Palestine. L’unique référence antique au tombeau de Marie de Magdala date de 590, lorsque Grégoire de Tours, dans la Passion des Sept Dormants d’Éphèse, le situe dans cette cité d’Asie Mineure, dans l’atrium précédant le sanctuaire.

Épouse de Jésus-Christ

Selon les Questions de Marie, qui datent de la fin du IIIe siècle, Marie-Madeleine est la partenaire sexuelle de Jésus. Certains exégètes vont plus loin. Pour eux, les comportements sociaux de l’époque laissent peu de place au doute : chez les juifs, un homme de 30 ans non marié était jugé anormal et victime d’une sorte d’ostracisme social. Il y a fort à parier que Jésus et Marie formaient un couple. Une vision certainement trop « terrestre » pour les ecclésiastiques, qui ont souhaité préserver l’image d’un Christ solitaire. La figure de Marie de Magdala occupe une place centrale dans les ouvrages féministes néognostiques. Un certain nombre de textes apocryphes (non authentifiés par l’Église), notamment les évangiles de Marie, Thomas et Philippe, sont utilisés pour accréditer la thèse du mariage de Marie de Magdala et de Jésus de Nazareth, ainsi que l’importance primordiale accordée aux femmes. Au XXe siècle, les théologiens Jürgen et Elisabeth Moltmann posent la question d’une égalité fondamentale entre l’homme et la femme et parlent de « mariage spirituel » et non charnel entre Marie de Magdala et Jésus. Les dernières recherches exégétiques sur le lien entre Marie de Magdala et Jésus vont dans le sens de cette interprétation. L’exégète Xavier Léon-Dufour pointe quant à lui des nuances dans les traductions des textes qui sont révélatrices des rapports entre les deux personnages. Dans l’évangile de Jean, Marie appelle Jésus « Rabbouni ». Ce mot, traduit par le grec « maître » dans les manuscrits, serait un diminutif de « Rabbi » ajoutant une nuance d’affection ou de familiarité. Pour certains spécialistes, l’explication coule de source : Marie de Magdala aurait été l’épouse et la mère des enfants de Jésus, mais l’Église catholique aurait étouffé ces faits par la force, faisant d’elle une prostituée afin de condamner le désir charnel.

Le Saint Graal serait une femme

L’idée de dépeindre Marie de Magdala sous les traits d’une épouse a été exploitée dans la littérature dès le milieu du XXe siècle. Dans son roman de 1951, La Dernière Tentation du Christ, qui montre un Jésus succombant à la tentation d’une vie simple, l’écrivain grec Nikos Kazantzakis fait intervenir le thème de l’union amoureuse entre les deux personnages. Plus récemment, des œuvres à destination du grand public ont détourné cet aspect mystérieux de la vie de Jésus. Dans La Révélation des Templiers, Lynn Picknett et Clive Prince s’intéressent à l’importance accordée à Marie au sein des sociétés secrètes européennes du Moyen Âge et de la Renaissance. Les Cathares, Templiers et francs-maçons seraient les détenteurs d’un secret, le « chaînon manquant » du christianisme, répondant à de nombreuses questions fondamentales sur la véritable nature du Christ. D’après l’ouvrage, Marie, dépeinte comme une « partenaire sexuelle » du Christ, entretiendrait avec lui une relation d’égal à égal, bien éloignée d’un rapport classique entre maître et élève. Le raisonnement est repris par le romancier Dan Brown dans son thriller Da Vinci Code. Marie y est présentée comme le symbole de la féminité sacrée, personnification du Saint Graal mentionné dans les textes. Le secret entretenu par l’Église découlerait d’une peur du pouvoir des femmes. Pendant des siècles, le féminin sacré aurait été diabolisé et considéré comme hérétique, car la capacité des femmes à donner la vie constituait une menace pour le développement de l’Église, majoritairement masculine. Cette thèse est soutenue de manière plus scientifique et réservée par Michèle Koné dans son ouvrage Myriam de Magdala. La fable du péché originel et la responsabilité d’Ève dans la déchéance du genre humain en sont un autre exemple.